Crédit immobilier et divorce par consentement mutuel : que devient votre prêt commun ?
Beaucoup de couples pensent que le divorce met automatiquement fin à toutes leurs obligations financières communes. C'est une idée reçue particulièrement répandue, et pourtant totalement fausse lorsqu'il s'agit d'un crédit immobilier souscrit à deux. Le divorce par consentement mutuel n'a, en lui-même, aucun effet sur le contrat de prêt signé avec la banque : sans démarche spécifique, les deux ex-époux restent tenus solidairement du remboursement, parfois pendant des années après la séparation. Maître Anne-France Vachon-Sibille, avocate en droit de la famille à Annœullin et Douai, accompagne régulièrement des clients confrontés à ces questions patrimoniales délicates, où le sort du crédit immobilier lors du divorce nécessite rigueur, anticipation et coordination entre avocat, banque et notaire.
- Le divorce ne met pas fin à la solidarité bancaire : sans désolidarisation formelle (avenant signé par la banque), chaque ex-époux reste tenu à 100 % du remboursement du crédit immobilier, même des années après la séparation.
- Trois options s'offrent aux époux pour régler le sort du crédit : vente du bien et solde du prêt, rachat de soulte avec reprise du prêt par un seul époux, ou maintien en indivision (cette dernière nécessitant une convention notariée et une entente durable).
- Le taux de refus de désolidarisation par les banques atteint 40 à 50 % des demandes — il est indispensable d'obtenir un accord de principe écrit de la banque (et, le cas échéant, de l'organisme de caution mutuelle) avant de signer la convention de divorce.
- Les frais totaux à anticiper comprennent les droits de partage (2,5 % de la valeur nette du bien), les frais de notaire pour l'état liquidatif (~2,5 %), les frais de notaire pour l'acte de rachat de soulte (~7,5 % de la part rachetée pour un bien ancien), et les frais bancaires de désolidarisation (2 000 à 3 500 €).
Crédit immobilier après divorce : la solidarité bancaire ne disparaît pas
Une clause de solidarité qui survit au divorce
Lorsque deux époux contractent ensemble un prêt immobilier, ils signent une clause de solidarité passive inscrite dans l'offre de prêt. En vertu de l'article 220 du Code civil, cette solidarité lie les deux co-emprunteurs envers la banque, quel que soit leur régime matrimonial — communauté réduite aux acquêts ou séparation de biens.
Concrètement, cela signifie que la banque peut réclamer la totalité des mensualités impayées à l'un ou l'autre des ex-époux, indépendamment de ce qu'ils ont prévu entre eux. Ni la convention de divorce par consentement mutuel à Douai ou Annœullin, ni son dépôt chez le notaire, ni même une clause stipulant que l'un « prend en charge le crédit » ne libèrent l'autre vis-à-vis de l'établissement prêteur. Seul un avenant signé par la banque, retirant officiellement le co-emprunteur sortant du contrat, a un effet libératoire.
Impayés, fichage FICP et saisie immobilière : les risques concrets
Les conséquences d'une absence de désolidarisation peuvent être très lourdes. Imaginons qu'après le divorce, l'un des ex-époux conserve le logement et cesse de payer les mensualités. L'autre, qui a quitté le domicile depuis longtemps, peut se retrouver poursuivi par la banque. Dès deux mensualités impayées, l'emprunteur est averti d'une inscription au FICP (Fichier national des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers) s'il ne régularise pas sous 30 jours. Ce fichage bloque l'accès à tout nouveau crédit pendant une durée maximale de cinq ans (cette durée est portée à sept ans lorsque l'inscription est liée à un dossier de surendettement). Toutefois, la radiation anticipée du FICP reste possible si l'emprunteur rembourse intégralement les sommes dues : le créancier dispose alors de 48 heures pour demander la radiation, et en l'absence de démarche spontanée, l'emprunteur peut relancer la banque par courrier ou, en dernier recours, saisir la CNIL. En cas d'impayés prolongés — généralement après six mois —, la banque peut prononcer la déchéance du terme : l'intégralité du capital restant dû devient immédiatement exigible, ouvrant la voie à une procédure de saisie immobilière devant le tribunal judiciaire. En pratique, cette procédure se déroule en cinq étapes : assignation par commissaire de justice (huissier), audience d'orientation, fixation du cahier des charges, audience des criées (vente aux enchères), puis jugement d'adjudication.
À noter : le non-paiement d'un crédit immobilier constitue une inexécution contractuelle, et non un délit pénal — l'emprunteur ne risque pas de peine de prison pour ce seul motif. En revanche, les conséquences financières (saisie du bien, fichage, remboursement de la totalité du capital restant dû) sont considérables et peuvent durablement compromettre la situation patrimoniale des deux ex-époux.
Un recours pour l'époux qui paie seul les mensualités
Le co-emprunteur qui a payé seul des mensualités à la place de son ex-conjoint défaillant — avant ou après la désolidarisation — dispose d'un recours subrogatoire fondé sur les articles 815-13 et 1346 du Code civil pour récupérer les sommes avancées. Ce recours s'exerce entre ex-époux et est distinct de l'action de la banque contre les co-emprunteurs. Il suppose cependant de pouvoir justifier des paiements effectués (relevés de compte, avis d'échéances) et peut nécessiter une action judiciaire devant le tribunal judiciaire si l'ex-conjoint refuse de rembourser à l'amiable.
Trois options pour régler le sort du crédit immobilier en cas de divorce
La convention de divorce par consentement mutuel doit organiser le devenir du prêt. Trois solutions principales s'offrent aux époux, chacune présentant des avantages et des contraintes spécifiques. Rappelons que le législateur impose aux époux optant pour le divorce par consentement mutuel de liquider leur régime matrimonial au moment même du divorce — cette liquidation ne peut pas être différée au lendemain de la signature.
1 - Vendre le bien et solder le crédit immobilier
Le produit de la vente sert d'abord à rembourser le capital restant dû auprès de la banque. Si le prix de vente dépasse ce montant, le solde est réparti entre les ex-époux selon leur régime matrimonial. Cette option met définitivement fin à la solidarité bancaire et reste, dans la plupart des cas, la solution la plus simple et la plus sécurisante.
Un point mérite toutefois votre attention : les deux époux doivent continuer à assumer les mensualités jusqu'à la signature de l'acte de vente chez le notaire. Si le bien tarde à trouver preneur, la charge financière se prolonge pour les deux parties.
2 - Rachat de soulte et reprise du prêt par un seul époux
L'époux souhaitant conserver le bien rachète la part de l'autre. Cette compensation financière, appelée soulte, est calculée en tenant compte de la valeur vénale du bien et du capital restant dû sur le crédit. Un acte notarié est obligatoire pour formaliser ce transfert de propriété. En présence d'un rachat de soulte nécessitant un financement bancaire, l'époux débiteur de la soulte doit produire au notaire une copie de son offre de prêt avant la finalisation de l'état liquidatif, sous peine de bloquer le dépôt de la convention et de retarder l'ensemble de la procédure de divorce.
En parallèle, une demande de désolidarisation doit être déposée auprès de la banque. La procédure suit quatre étapes : un accord préalable entre les ex-époux sur la reprise, l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception à l'établissement prêteur, une étude de solvabilité menée par la banque, puis — si elle donne son accord — la signature d'un avenant au contrat de prêt et la mise à jour de l'assurance emprunteur, dont la quotité doit passer de 50 % à 100 % pour le repreneur. Un point de procédure souvent méconnu : chaque ex-époux doit adresser un courrier distinct à l'établissement prêteur. L'époux reprenant le prêt indique qu'il s'engage à rembourser seul l'intégralité du capital restant dû ; l'époux souhaitant être déchargé sollicite sa désolidarisation et fournit une attestation écrite de l'autre confirmant cet engagement exclusif. L'envoi d'un courrier commun ou d'un seul courrier signé par l'un des époux est généralement insuffisant pour que la banque instruise valablement la demande.
La banque n'accepte cette opération que si l'emprunteur restant remplit des critères stricts : un taux d'endettement inférieur à 35 % de ses revenus nets mensuels (seuil fixé par le Haut Conseil de Stabilité Financière depuis 2022), des revenus stables, une situation professionnelle solide — un CDI avec une ancienneté d'au moins deux ans est souvent privilégié — et un historique bancaire propre. Certains établissements exigent même que les revenus couvrent au moins 1,5 fois la mensualité du prêt. La banque évalue également la valeur résiduelle du bien immobilier mis en garantie, ainsi que l'éventuelle prestation compensatoire en capital ou en rente attribuée à l'un des époux — celle-ci pouvant réduire les flux financiers disponibles et peser sur l'appréciation du dossier de solvabilité.
Conseil : lorsque le prêt immobilier est garanti non pas par une hypothèque mais par un organisme de caution mutuelle (par exemple Crédit Logement ou CAMCA pour le Crédit Agricole), cet organisme garant doit également donner son accord exprès à la modification du contrat lors de la désolidarisation — en plus de la banque. L'absence de son consentement bloque la procédure, même si la banque est favorable. En pratique, certains couples ignorent l'existence de ce double accord et ne le sollicitent qu'après avoir signé la convention, ce qui peut retarder considérablement la désolidarisation. Pensez à vérifier la nature de la garantie de votre prêt dès le début des démarches.
Or, la banque n'a aucune obligation légale d'accepter la désolidarisation. Selon les données publiées par Pretto.fr, le taux de refus atteint 40 à 50 % des demandes. En cas de refus, trois alternatives existent :
- Proposer des garanties supplémentaires à la banque actuelle (caution d'un tiers solvable, hypothèque complémentaire).
- Faire racheter le crédit par une autre banque : le repreneur souscrit seul un nouveau prêt couvrant le capital restant dû, avec des indemnités de remboursement anticipé (IRA) plafonnées à 3 % du capital restant dû ou six mois d'intérêts (le moins élevé des deux), auxquelles s'ajoutent les frais de dossier et les frais de garantie propres au nouveau prêt — ces frais supplémentaires doivent être intégrés dans le calcul du coût total de l'opération avant de retenir cette option.
- Revenir à l'option de la vente du bien.
Les délais de traitement varient de un à six mois selon la complexité du dossier. Un dossier simple avec un repreneur clairement solvable aboutit en six à huit semaines. Un dossier complexe — revenus irréguliers, biens multiples, contentieux — peut largement dépasser six mois. Ces délais doivent impérativement être anticipés avant la signature de la convention de divorce.
Exemple : Nathalie et Grégoire Lefranc, mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, ont acquis en 2019 une maison à Carvin pour 230 000 €, financée par un prêt commun sur 20 ans auprès de leur banque, garanti par Crédit Logement. Au moment de leur divorce par consentement mutuel en 2024, le capital restant dû s'élève à 168 000 € et la valeur vénale du bien est estimée à 245 000 €. Nathalie souhaite conserver la maison. La soulte due à Grégoire est calculée comme suit : (245 000 – 168 000) / 2 = 38 500 €. Nathalie dépose une demande de désolidarisation auprès de la banque et un dossier de financement pour la soulte. La banque accepte, sous réserve d'un taux d'endettement conforme. Mais l'accord de Crédit Logement, sollicité trop tardivement, n'arrive que deux mois après la première réponse de la banque — retardant la finalisation de l'état liquidatif chez le notaire. Ce cas illustre l'importance de solliciter simultanément la banque et l'organisme de caution dès l'engagement des démarches.
3 - Maintenir le bien en indivision après le divorce
Dans certaines situations — garde alternée des enfants dans le logement familial ou investissement locatif —, les ex-époux choisissent de rester copropriétaires. Le prêt continue alors d'être remboursé solidairement par les deux parties.
Cette option n'est viable qu'en cas de très bonne entente. Elle nécessite une convention d'indivision établie chez le notaire, précisant la quote-part de chacun, la répartition des mensualités, la prise en charge des travaux et de la taxe foncière, ainsi que les conditions de sortie. Le risque principal demeure : tout impayé de l'un engage l'autre à 100 %. Cette solution doit être encadrée avec la plus grande rigueur.
Convention de divorce et crédit immobilier : les clauses indispensables
Mentions obligatoires et période transitoire
L'article 229-3 du Code civil impose que la convention de divorce par consentement mutuel règle l'ensemble des effets du divorce, y compris le sort du crédit immobilier. La convention doit mentionner l'identification précise du prêt (établissement prêteur, capital restant dû, montant des mensualités), le choix retenu par les époux, les modalités de paiement pendant la période transitoire et la désignation de l'époux repreneur, avec référence à l'accord de principe de la banque.
Il est essentiel d'anticiper la période transitoire entre la signature de la convention et la désolidarisation effective, un délai pouvant atteindre six mois. Qui paie les mensualités pendant ce laps de temps ? Que se passe-t-il en cas de défaillance de l'un des deux ? Ces points doivent être explicitement prévus dans la convention. Sans ces précisions, tout impayé pendant cette période expose les deux co-emprunteurs à des poursuites bancaires simultanées.
L'accord bancaire écrit : une précaution incontournable
Une précaution majeure consiste à obtenir l'accord de principe de la banque par écrit avant de signer la convention, et à l'annexer à l'état liquidatif notarié. Sans cet accord, la convention reste fragile : l'époux sortant du logement demeure exposé à la solidarité bancaire pendant toute la durée de la procédure. Si l'accord bancaire n'est pas encore obtenu au moment de la signature, une clause doit prévoir les conséquences en cas de refus — vente du bien ou recours à un autre établissement de crédit.
Le rôle central du notaire : contrôle formel et dépôt de la convention
Le notaire joue un rôle central dans cette procédure. En présence d'un bien immobilier, la loi impose qu'il établisse l'état liquidatif en forme authentique (article 229-3, 5° du Code civil). Il dépose ensuite la convention au rang de ses minutes dans un délai de quinze jours, lui conférant force exécutoire. Cette force exécutoire est précieuse : en cas d'impayé de l'ex-conjoint, une saisie sur salaire ou sur compte bancaire peut être effectuée directement par un commissaire de justice, sans repasser devant un tribunal. Il faut cependant savoir que le notaire dépositaire contrôle uniquement les mentions formelles obligatoires de l'article 229-3 du Code civil et le respect du délai de réflexion de 15 jours (article 229-4 du Code civil) — il ne contrôle pas le fond des mesures prévues par les avocats concernant le crédit. En revanche, si des clauses lui paraissent litigieuses sur le plan civil ou fiscal (par exemple, une clause attribuant le crédit à un seul époux sans accord bancaire joint), il peut aviser les avocats et, en cas d'inaction de leur part, refuser le dépôt de la convention. Ce refus entraîne un blocage de l'ensemble de la procédure et impose une révision de la convention, avec les délais et frais supplémentaires que cela implique.
À noter : un notaire qui refuse le dépôt ne remet pas en cause le divorce lui-même, mais suspend l'ensemble du processus tant que la convention n'est pas corrigée. Pour éviter cette situation, il est vivement recommandé de soumettre le projet de convention et l'état liquidatif au notaire en amont de la signature, afin d'identifier d'éventuelles difficultés avant que les délais de réflexion ne commencent à courir.
Les coûts à intégrer dans la négociation
Enfin, plusieurs coûts doivent être intégrés à la négociation de la convention :
- Les droits de partage, à hauteur de 2,5 % de la valeur nette du bien (valeur vénale diminuée du capital restant dû).
- Les frais de notaire pour l'état liquidatif, représentant environ 2,5 % de la valeur du patrimoine immobilier.
- Les frais de notaire spécifiques à l'acte de rachat de soulte, qui représentent environ 7,5 % de la valeur de la part rachetée pour un bien immobilier ancien — ces frais, souvent omis dans les premières estimations, s'ajoutent aux précédents et doivent être anticipés pour évaluer si le repreneur a réellement les moyens de financer la reprise.
- Les frais de désolidarisation bancaire, estimés entre 2 000 € et 3 500 € selon les établissements.
Le traitement du crédit immobilier lors d'un divorce par consentement mutuel exige une coordination étroite entre avocat, banque et notaire, à chaque étape de la procédure. Maître Anne-France Vachon-Sibille accompagne les particuliers dans ce type de situations depuis son cabinet implanté à Annœullin et Douai, avec une approche à la fois rigoureuse sur le plan juridique et attentive à la dimension humaine de chaque dossier. Si vous êtes concerné par une séparation impliquant un bien immobilier financé à crédit, dans le Nord, autour de Lille, Béthune ou Hénin-Beaumont, n'hésitez pas à solliciter un rendez-vous pour sécuriser votre convention et protéger vos intérêts à long terme.
-
août 2026
- Biens cachés et convention de divorce : peut-on contester le partage après la signature ?
- Modifier la garde après divorce amiable : dans quels cas est-ce possible ?
- Audition d'un enfant par le juge lors d'un divorce : à quel âge est-ce possible ?
- Signalement abusif d'un parent : comment se défendre et quelles preuves rassembler ?
- Refus droit de visite enfant recours : que faire quand votre enfant refuse d'aller chez l'autre parent ?
